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Il a pas loin de 60 ans et il est au chômage depuis un temps si long.
Lorsqu'il était très jeune, il a travaillé comme marionnettiste.
C'est la plus belle expérience de ma vie, dit-il. Lorsqu'il évoque cette période, ses yeux se remplissent d'émotions, d'étoiles et son visage aux sourcils très épais dans un corps massif
s'adoucit et laisse entrevoir, non pas un visage de jeune adulte mais plutôt celui d'un enfant de 5 ans.
Il en a gardé le goût du bricolage et il fabrique encore des marionnettes en bois. Il a d'ailleurs réalisé mon portrait. Avec lui, nous avons monté un spectacle de marionnettes et il a écrit en
partie le sénario. Nous avons corrigé tout le texte avec lui et joué son spectacle à plusieurs reprises bien que ce fut une rude épreuve pour tout le monde, car fréquemment il piquait une colère
et il partait marcher..
Et puis, il a eu une vie de galérien illettré... galérien guerroyant d'abord.
Puis retour en France et un métier de travailleur agricole pendant 20 ans.
Ensuite, le chômage l'a rattrapé et n'a plus voulu le laisser jusqu'à ce qu'il arrive ici, chez nous, un nouveau chez lui.
Il pique des colères monstrueuses et menace de tout casser. Heureusement, il part alors comme une furie et marche, parfois avec son bidon d'essence à la main, pendant des heures, avant justement de tout casser.
Au début, lorsqu'on ne le connaît pas, ces colères sont effrayantes. Ensuite, on se dit « heureusement », il va marcher avant de tout casser. C'est la
soupape de sécurité...
Alors, il fait des kilomètres et des kilomètres à pieds pour se calmer.jusqu'à 15 km, dit-il parfois. Au début, on le cherchait partout, inquiet de ses menaces de mettre le feu, surtout
lorsqu'il partait avec son bidon à la main, au milieu d' une colère monstrueuse. Le bidon, c'est celui que nous utilisons pour le carburant des tronçonneuses que nous utilisons. Parce qu'en
plus, parfois, il a une tronçonneuse à la main, lorsqu'il commence une de ses colères homériques. Là, on n'étaient pas très fiers..
Et puis, on s'est habitué et on se disait « heureusement, il part marcher avant de tout casser ». D'ailleurs ensuite, lorsque la colère montait, ce qui arrivait très souvent, on n'essayait
surtout pas de le retenir.. Et même, à la fin, on lui proposait de partir marcher.. avant de tout casser.
Il est parti souvent, il n'a jamais rien cassé. Evidemment, personne ne veut l'embaucher.
Un jour, il nous a invité à manger chez lui. Ils avaient mis les petits plats dans les grands.
. Sa femme et sa fille étaient là.
Sa femme était au chômage, ancienne travailleuse agricole, elle aussi mais désormais handicapée avec des mollets aussi épais que des poteaux électriques.
Sa fille faisait des ménages.
Je me souviens des tomates farcies avec une macédoine de légumes à la mayonnaise et décorée avec de la mayonnaise.
Au milieu du repas, des voisins sont passés, « par hasard »... Il était fier comme artaban de nous recevoir et, ses voisins et amis, sont passés par là... incidemment. C'était un tel
honneur de nous recevoir !
Sa maison était si vide, si pauvre, et nous avons mélangé de l'eau au bon vin que nous avions apporté...