actualité, poésies, autres textes
Pour le diriger vers le bon bureau, je le tenais par les épaules pour le faire pivoter du bon côté. Il était très en colère lorsque je lui ai dit que nous allions réfléchir à sa candidature et incroyablement heureux lorsque nous avons dit oui.
Une cinquantaine d'années, il n'avait presque jamais travaillé de sa vie. Il était inalphabète et vivait chez sa mère. Il ne possédait rien. Malheureusement, l'alcool avait fait des dégâts considérables.
Lorsqu'il travaillait, il allait extrèmement lentement. C'était émouvant, de le voir, arriver toujours avec quelques secondes de retard, mal ajusté sur
ses jambes, avec une brindille de bois dans les mains, alors que ses collègues transportaient des fagots en entier. Il donnait l'impression de errer mais il suivait toujours le mouvement. Il
était toujours présent et à son petit rythme, il participait au mouvement général.
Au bout de quelques semaines, il buvait un peu moins. Il se faisait propre pour venir au travail, si fier qu'il était d'avoir un emploi.
Quelques années plus tard, il est parti en vacances pour la première fois de sa vie. Comme il ne savait pas comment faire, il nous a ramené une carte postale un peu abîmée, sur laquelle il avait mis une croix pour signer. Un petit mot était recopié avec une écriture de mouche, tremblée pour nous dire qu'il pensait à nous, comme il fallait faire dans ces situations. Il était tellement fier !
Il nous avait emprunter cinq cent francs mais je ne me souviens pas pourquoi. Il devait rembourser 30 francs par mois.
Ce dont je me souviens, c'est qu'il est mort brutalement. L'alcool ? peut-être, et que ses cousins n'ont pas voulu finir de nous rembourser.
On ne s'est pas battus.
Nous avons tous été à l'église pour l'accompagner. Nous étions nombreux ce qui lui a fait un enterrement de roi.