Mille neuf cent quatre vingt dix huit,
et mille neuf cent mille raisons de se plaindre,
et quatre vingt dix huit mille raisons de geindre,
et toutes celles qu’il y aurait de feindre
mille neuf cent quatre vingt dix huit fois,
la chance d’être encore en vie,
malgré l’horreur d’être né
en vie, certe,
envie d’être en vie...
en vie d’être
en vain de vie,
mille neuf cent quatre ving dix huits ans
et cent mille ans d’histoires
de fous à lier,
d’histoires d’humanité,
et qui se reproduit,
inlassablement,
mille neuf cent quatre vingt dix huit
coup de couteau dans le temps
dans chaque pays sanglant
en 2028,
le sourire au lèvre, encore,
guettée par la mort,
2035, bourré de calmants,
regardant jouer des enfants,
ces prochains errants,
le regard hagard,
au hasard du temps,
rêvant de temps en temps,
à mille neuf cent quatre vingt dix huit,
un voyage dans le temps,
celui d’un antan
des vestiges d’un temps,
cruel et palpitant,
irréel depuis longtemps,