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Voter

le blues du votant,

À travers le  vote, nous sommes amenés à nous prononcer sur une personne que l’on voit principalement à la télévision   et qui met en scène   un discours qui s’adresse à des millions de gens. Comment se faire une opinion avec toutes les ficelles utilisées, qui ont pour but de s’adresser à chaque fois à des groupes cibles particuliers, les ménagères de – de 50 ans et toutes les catégories pensables et imaginables, qui comme un puzzle doivent finir par constituer une majorité.

Nous savons que les mots clés qui vont être introduits, les notions développées, sont des  sortes de passages obligés du vocabulaire et des thématiques d’un moment d’histoire, afin de  plaire  à tel ou tel groupe de pression, les patrons, les petits puis les grands, les salariés, les agriculteurs, les femmes, les femmes divorcées, les femmes qui travaillent, les écolos, les écolos battus, les divorcés, les pro nucléaires, les pro nucléaires battus, les anti nucléaires divorcés, les riches, les riches battus puis les pauvres divorcés, les français du sud, puis du nord, les extrêmes de tout poils, les juifs divorcés, les musulmans battus, les catholiques usés, les laiques.. les instituteurs devenus professeurs des écoles, les professeurs restés professeurs, les grands élus des petits partis et les petits élus des…, j’oubliais les âgés, les très âgés, le milieu médical, battu, divorcé, élu, riche et moins riche, les fonctionnaires qui sont trop dans les grands ministères et trop peu dans de nombreuses autres administrations locales notamment…  ah, oui, j’oubliais encore, les paumés successifs, les chômeurs, les SDF (mais eux votent beaucoup moins)..
 
Quel travail considérable cela représente  lorsque tout et son contraire est quasiment dit afin de plaire successivement à tout un chacun, comment convenir successivement à tant de souhaits, d’options, de propositions, contradictoires. Quel équilibre minutieux faut-il pour plaire d’abord à 52 % d’une catégorie sociale parfois contre une autre puis pour redresser le tir, pour que l’autre à son tour soit satisfaite à plus de 50 %.
 
Quel fil conducteur conserver, alors que dans ce « tout et son contraire », doivent émerger quelques lignes directrices qui se traduiront par des actes qui eux auront des incidences fortes sur notre quotidien. Garder la tête froide pour conserver l’œil sur ces quelques convictions, sur quelques valeurs, pour voir à travers toutes les intentions exposées, à quelles sauces elles sont cuisinées..

Comment garder de la lucidité, parce qu’un sujet est immédiatement saisi par le camp adverse pour le mettre en charpie  avec une violence telle qu’elle en est déroutante…et supposer
( mais jusqu’où ?) que celui qui propose à quelques raisons raisonnables d’imaginer que ce qu’il propose pourrait être une bonne orientation.

Quel talent il faut pour extraire de dossiers souvent complexes, des notions simples qui vont parler à tout le monde et   rendre crédible  sa parole sur une question nouvelle… des thématiques répétées à longueur de temps, qui sonnent bien à l’oreille, qui s’incrustent et finissent par emporter l’adhésion d’une majorité : travailler plus pour gagner plus, dit-il sans cesse, ce qui fait miroiter des euros qui brillent dans les yeux des plus pauvres. Juste ceux-là,   ils voudraient travailler simplement… alors qu’il y a une trentaine d’années, nous étions tous sur le : travailler moins et gagner plus. Un vrai renversement d’optique.

Comment faire un tri, comment ne pas s’insurger ? Si je connais bien un seul dossier de toutes les questions abordées, alors je me rends compte de la manière partielle, erronée, simplifiée dont les choses sont présentées. Lorsque j’écoute un discours   politique, je mesure aussi combien de questions me sont étrangères et combien il m’est, à mon tour, difficile d’avoir un avis « pertinent » sur tout.
C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle, dans un autre article, je vous parle « du bureau de la position officielle ».

Il y a dans le jeu politique un aspect terrible, car c’est une seule personne qui doit incarner un ensemble de gens spécialisés dans les innombrables questions qui font la vie d’une société. Et d’un côté, nous souhaiterions tous qu’elle soit si remarquable qu’elle puisse tout connaître et tout savoir, avoir une opinion éclairée sur tous les sujets et sommes bien obligés de constater que comme chacun d’entre nous, elle n’en connaît réellement que quelques domaines et que par ailleurs, elle est obligée de s’en remettre à d’autres.


Ainsi, le monde politique est un univers très large et très complexe où coexistent des milliers d’actes et de décisions, ou l’on ne peut qu’avoir de l’admiration pour ceux qui tous les jours se confrontent à tous ces problèmes quotidiens à résoudre. Mais aussi plus critiquable, il est  aussi  un univers d’apprentis sorciers, car pour attacher son nom, à un texte, à une loi, à un pan de l’histoire, il faut quoi :   avoir coûte que coûte une idée originale, c’est-à-dire qui tranche avec ce qui a été fait jusqu’à présent,
 balayer « tous les obstacles » même s’ils pourraient être pertinents, ce qui n’est pas une mince affaire compte tenu de tous les carcans législatifs notamment,
 savoir communiquer, et donc notamment   paraître sur de soi,
disposer des leviers pour mettre en œuvre,
et « gérer les résultats »

Et si l’on a mobilisé d’énormes moyens, humains, de temps, d’argent, et que tout cela s’est avéré vain, inefficace, inutile voire nuisible, et bien il faut savoir,   jouer avec le temps, d’autres échéances qui dévient l’attention, jouer avec la mémoire politique si courte ou bien son absence, jouer avec la mémoire tout court,   ou noyer le sujet dans un flot de paroles qui laissent le spectateur exsangue... et si l’on est pris la main dans le sac d’un fiasco total, et bien avoir encore des ressources pour arguer d’un changement de priorité, d’un contexte qui s’est modifié, jouer un groupe de pression contre un autre, d’un moment qui n’est plus le même pour pouvoir justifier d’avoir une fois, deux fois, quatre fois renié sa parole.

Un élément clef d’un choix politique devrait être sans doute, la capacité à percevoir ce qui l’en est de l’égo de chaque candidat.
Car, la capacité d’erreur maximale sera le fait d’un égo surdimensionné ?

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