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actualité, poésies, autres textes

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puzzle

Si je peux écrire 1 page par jour, j’écrirai 365 pages par an. Un calcul éminemment simple et un bouquin de taille respectable. Cela me motive pour écrire. Il s’agit d’une chronique de la vie quotidienne.
Ce matin, le temps est brumeux mais la journée s’annonce belle. Je vais  suivre une journée de formation.
Pour moi, une journée de formation est presque équivalente à une journée de repos. Pourtant, c’est relativement erroné de le dire ainsi. Car une journée de formation est souvent relativement fatigante, si l’on veut vraiment retenir ce qui est dit.
Ce qu’il y a, c’est que l’on peut choisir, comment on va la vivre. On peut, la prendre comme une journée tranquille ou bien se concentrer beaucoup pour retenir un maximum d’informations.
Pour cela, il faut faire un effort important pour passer de son mode de compréhension des situations à celui de quelqu’un qui vous expose sa logique d’appréhension d’un problème, d’une question. Il faut rattacher tout le développement que l’intervenant va faire à ce que vous savez déjà de la question.

Le plus difficile, c’est quant,  justement vous ne savez pas grand chose du problème qui va être abordé. Alors, tout ce qu’il vous dit, ne se rattache à rien. Il est facile alors de s’imaginer être dans un pays étranger, bien que l’intervenant parle la même langue que vous et supposer qu’il vous parle une langue étrangère. Il prononce des mots que vous connaissez isolément parfaitement. Pourtant, l’assemblage qu’il en fait vous emmène presque à l’étranger. On peut alors se laisser glisser à une rêverie et il est possible d’imaginer son univers à lui, loin de vos préoccupations, et fait d’une articulation de sens qui vous échappe complètement ou bien dans lequel vous avez des repères qui vous permettent de suivre aisément.

C’est sans doute, lorsque l’on va en formation, le plus inquiétant ou bien le plus magique : l’illustration de la multiplicité des univers qui nous entourent.

J’ai déjà utilisé l’image d’un puzzle. On peut dire ce que l’on veut : une société est quand même fascinante : des millions d’individus bougent dans tous les sens et le puzzle ainsi formé fait une société, un ensemble plus ou moins cohérent, plus ou moins tiraillé, plus ou moins contradictoire, plus ou moins ensemble ou dis ensemble. Par exemple, si l’on observe un seul univers parmi cet ensemble, et bien on va pouvoir y trouver toutes les  gammes et toutes les traductions d’une sorte de manière d’avancer en crabe.

Prenons un seul exemple, celui des niveaux de salaire pour illustrer le crabe qui avance de guingois : qu’est-ce- qui fait qu’ un moment donné, certaines professions, certains métiers vont bénéficier d’une ferveur collective qui vont pousser leurs salaires vers le haut et puis d’autres, qui vont rester très bas : j’évoque ici, non pas uniquement la question des classes sociales d’appartenance, mais aussi celle de la représentation collective que l’on peut avoir à un moment donné. Et puis, La question des lobbies qui vont faire avancer à un moment donné certains métiers, d’autres restant en arrière, et puis, ceux qui sont tranquillement installés dans de hauts niveaux et d’autres qui stagnent désespérément et n’arrivent pas à faire valoir leur importance. A regarder de plus loin, on peut y voir tous les à coups qui font évoluer des systèmes. Au milieu, l’univers politique qui tant bien que mal essaie de fixer des règles et sans cesse cherche à corriger des situations… bien sur, il y a une tendance forte : les riches qui ont les moyens de payer et donc de se faire payer et puis les pauvres, pauvres toujours par addition de pauvreté à tous les niveaux et qui donc auront tendanciellement du mal à faire reconnaître leurs droits.
Tout cela peut créer des mouvements puis des états de situation qui vont perdurer pendant des dizaines ou des dizaines d’années.

Dans d’autres parties du monde, d’une certaine manière, ce « jeu de crabe » ne s’est même pas vraiment engagé. Les frontières sont immenses, les lobbies ne marchent pas. Les pauvres sont encore à mille lieu de commencer à négocier..pardon, de commencer à créer un rapport de force, à même de les faire rentrer dans le jeu du crabe qui avance de guinguois.

Le plus difficile sans doute, dans la pensée, c’est de passer du micro-événement au macro enjeu, de remonter le fil pour réussir à penser un ensemble, sans se perdre dans la multitude de dimensions qui interviennent sans se noyer dans les contradictions… Il faudra en plus ajouter les cultures, les us et coutumes, les religions et leurs cortèges   d’implicites et de présupposés, les histoires, les conflits opposant un pays à un autres dont les sources peuvent se perdre dans des temps immémoriaux, les traumatismes, les ambitions individuelles et collectives, les micro évènements qui déclanchent des macro réponses, les organisations économiques, sociales, familiales, les valeurs, réelles ou supposées, les étendards collectifs...  les enjeux et les intérêts économiques mais surtout les enjeux de pouvoir, ceux de domination, la conjugaison des uns avec les autres, les enjeux croisés qui amènent à des doubles, triples jeux.

 Mon puzzle finit par se brouiller devant mes yeux.

 Je regarde mon bol de café : le café mélangé avec du lait dans un bol. La table, la lumière, la radio… Ouf, la promenade dans le puzzle est terminée. La journée va commencer…. Et il s’agit d’une journée de formation.


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